
Parler du bonheur, ça peut vite emmener loin, très loin. Entre les « recettes du bonheur », les « clés du bonheur », et autres outils magiques pour accéder à cet état fantasmé de « l’être heureux », il y a de quoi se perdre, sans jamais se retrouver.
Je n’ai pas l’intention de faire un énième article sur le sujet, prétendant vous transformer à l’issue de sa lecture. En revanche, s’il vous bouscule avec quelques leviers de réflexion et propositions, et fait frétiller un petit quelque chose en vous, pour alimenter une réflexion qui part de vous, j’aurai tout gagné.
Alors je vous propose de faire un bout de chemin à mes côtés, le temps de cette réflexion, que je souhaite partagée et discutée.
Être heureux, et en plus seul : tout un programme
L’indépendance émotionnelle pour ne pas se tromper de moteur
Déjà, petit focus sur ce point particulièrement important pour moi, qui est la colonne vertébrale de cet article : la notion d’indépendance émotionnelle (à l’inverse de la dépendance affective).
Elle a été définie en 1984 par Hoffman, comme étant le fait de ne pas avoir besoin de l’approbation de « l’autre », ou d’éléments extérieure pour valider notre valeur. Et j’en fais l’extension à la validation de notre capacité à être heureux.
S’il y a bien un truc que j’ai compris, au fil des années et de mon exploration personnelle, et dont je suis persuadée (et dont je me félicite), c’est ceci : le Big objectif dans ma vie, c’est d’être heureuse. Comme beaucoup, non ? Sauf que la définition que l’on met derrière n’est pas forcément la même pour tous.
Pour moi, ça veut dire l’être pour Moi. Oui, vous avez bien lu, je n’ai pas fait une répétition par erreur. Pour moi, par moi.
Ce qui veut dire que le reste, c’est du bonus.
La famille, le couple, les amis, les activités, le travail… Pour moi ils contribuent à mon bonheur, mais ils ne le conditionnent pas. Nuance subtile, mais ô combien importante.
Et ce point-là a créé une petite friction avec mon compagnon, à nos débuts. Cette farouche certitude lui a demandé un certain temps et effort pour comprendre ce que j’entendais par là.
En effet, cela lui donnait l’impression que je n’accordais pas d’importance à ce qui pouvait se passer entre nous. En gros, pour lui le message était : « Si ça se passe bien, tant mieux, si ça s’arrête, tant pis, ça ne me fera ni chaud ni froid puisque je décide que tu n’es pas indispensable à mon bonheur ».
Évidemment, vu comme ça !
L’autonomie émotionnelle évite de « demander à l’autre ce qui manque »
C’est là tout l’enjeu du sujet, et pourquoi je trouve la nuance fondamentale.
J’ai vécu du harcèlement moral, au collège. J’ai longtemps minimisé, eu du mal à poser le mot dessus, parce qu’avec le recul, ça me semblait « moins grave » que ce que vivent des tas de jeunes aujourd’hui. Je réalise que c’est certainement parce qu’il n’y avait pas les réseaux sociaux, qui aujourd’hui sont des leviers fantastiques pour répandre ce poison insensé.
Mais ça n’enlève rien aux comportements moqueurs, aux humiliations dont j’ai oublié les détails, et qui ont pourtant bien entamé ma confiance en moi.
J’ai développé une fâcheuse tendance à douter de l’intérêt que je pouvais susciter. Le risque ? Attendre d’un compagnon qu’il comble ce manque. Vouloir qu’il me couvre d’attentions, pour que je ne doute plus jamais.
Le rendre responsable de mon bonheur, et par voie de conséquence, de mon malheur.
Sauf que voilà, si je m’en remets à lui pour évaluer ma valeur, cela veut dire que le jour où il manque à « son devoir », je ne vaux plus rien. Le jour où il me quitte, je ne pourrai plus être heureuse, puisque je n’aurai plus mon moteur.
Je caricature, bien sûr, mais je suis sûre que vous voyez l’idée.
Et l’inverse est aussi valable ! Je ne veux pas que le bonheur des autres dépende de moi !
Dans « Les Oiseaux naissent pour s’envoler », mon premier roman, Alys a peur d’aimer, par peur de souffrir. Par peur de ce qu’elle risquait de perdre, si tout devait s’arrêter. Au fil du temps, elle apprend à regarder ce qu’elle a, plutôt que ce qu’elle n’a pas, ou plus.
Et c’est tout un art, dans une société qui nous pousse à toujours rechercher le bonheur à l’extérieur. Que cet extérieur soit matériel ou humain.
Décorréler notre bonheur, ou notre malheur, des autres
Attention, ça va piquer, parce que je fais ici appel à notre sens des responsabilités. Et ça, on n’aime pas ! C’est tellement plus facile de faire porter aux autres la cause de nos malheurs.
“Il m’a quittée, je n’ai plus rien, je ne suis plus rien”. Pire, je vais me venger et lui faire payer, parce qu’il l’a mérité.
Vous vous reconnaissez ? Alors vous avez un problème. Parce que non, vous n’êtes pas plus rien, et vous avez toujours le plus important. Vous. Et c’est déjà pas mal, non ?
Alys s’en rend compte, d’ailleurs, et c’est une bonne chose. Pourquoi ? Parce que tant que vous chercherez des causes extérieures pour justifier nos actes, et notre mal être, vous ne trouverez rien d’autre que de l’amertume, de la haine, de la violence. Et ça n’a jamais rendu personne heureux.
Sauf que ça reste la solution la plus facile, instinctive, et donc la plus répandue. Normal, notre cerveau fait au plus simple. Ça demande un réel effort de proposer une autre réaction, et de se demander “Et maintenant, qu’est-ce que je peux faire pour améliorer la situation”, plutôt que se complaire dans son désespoir.
Attention : dans les cas de dépression, plus ou moins sévère, il est réellement difficile voire impossible de faire ce pas de côté. Si vous vous sentez concerné, je vous invite à consulter un psychiatre ; il n’y a pas de honte à demander de l’aide pour prendre soin de soi. Vous le méritez 😉.
Pourquoi le chemin du bonheur est-il aussi laborieux, me direz-vous ? Peut-être parce que les plus belles choses se méritent, aurais-je envie de répondre… Et je pense que ça vaut le coup, et ce qu’avec un peu d’entraînement, un changement de lunettes (c’est une image, hein), ça peut même devenir hyper sympa.
S’adapter à son environnement, et apprécier d’Être, simplement
Je sais qu’il y a des choses que je peux contrôler dans ma vie, et d’autres pas. Si mon compagnon me quitte parce qu’il est tombé fou amoureux d’une autre, je me dois de la respecter (on pourrait débattre là-dessus tellement ce concept n’est pas acquis par beaucoup trop de monde…).
À partir de là, je fais quoi ? Je me morfonds parce que ma vie est foutue et qu’il ne veut plus de moi ? Je lui cherche un remplaçant pour combler le vide ainsi créé ? Moi, je vois les choses autrement.
Je serai peut-être seule, mais je serai avec moi-même. Et oui, ça compte. Parce que depuis quelques années, grâce à des personnes merveilleuses, à tout un cheminement personnel, je sais que mon bonheur et ma valeur ne dépendent pas de qui que ce soit.
Et comme le réalise Alys, au fil du temps, la vie continue, elle, quoiqu’il arrive. « Avec ou sans lui, avec ou sans elle » (extrait)
Au fond, je pense que c’est une façon de me protéger. Car je sais que je ne pourrai pas éviter tous les drames. Mais je sais que je pourrai choisir ce que j’en fais. C’est d’ailleurs une phrase de mon roman, que j’ai déclinée en citation sur des affiches et cartes.
J’aime voir le monde comme une somme d’individualités, d’énergies, qui constitue un grand Tout. Et ce Tout, il est en mouvement, toujours. Comme la vie, en somme, par définition. Et si l’on enlève une de ses composantes, il évolue, mais ça ne le rend pas moins beau, moins fort, moins puissant.
Ça nous demande simplement d’accepter de le voir tel qu’il devient, et de nous y adapter. Parce que c’est aussi comme ça que l’on fonctionne, en tant qu’être vivant, et c’est comme ça que l’être humain a traversé les siècles ! En évoluant, en s’adaptant à son environnement.
Pourquoi n’en serions-nous plus capables aujourd’hui ?
Le bonheur d’exister et d’être soi
Je trouve formidable le fait de me dire que, quoi qu’il arrive, je conserve un pouvoir : celui de faire des choix. Celui « de voir la lumière des étoiles quand certains voient la nuit » (extrait). Je ne dirais pas que je suis une optimiste pour autant ; je crois que c’est même ce qu’il y a de plus réaliste. Être conscient de ce qui peut arriver de terrible, ET de ce qui peut arriver de chouette, tant que je dispose de mon libre-arbitre.
Ma vie ne s’arrête pas à ma maison, mon travail, ou mon entourage. Et la vôtre non plus.
Je pense en revanche que cet état d’être ou d’esprit se cultive. Comme tout bon jardin. Jamais jardiné ? Pas de souci, tout s’apprend 😉.
Être soi, et se rendre compte de la chance que l’on a de ce simple fait, c’est déjà une porte ouverte sur le chemin de l’épanouissement.
Comprendre que mon bonheur ne dépend pas du regard que l’on porte sur les vêtements que je porte, mais sur le fait que moi j’aime ces vêtements.
Que mon bonheur ne dépend pas de celui qui m’aime, mais du fait que je ne doute pas du fait d’être aimable.
Que mon bonheur ne dépend pas de ce que les gens pensent de mon travail, mais du fait que moi, j’aime le faire.
Il y a beaucoup plus de réponses à l’intérieur qu’à l’extérieur…
Des relations plus saines quand on est bien avec soi
N’ayez pas peur de dire que vous voulez qu’on vous mérite. Pas l’inverse.
Oui parce qu’avec tout ça, on pourrait croire que je préfère vivre dans mon coin et qu’il vaut mieux se couper du monde pour être heureux. Pas du tout !
Seulement, si la relation première avec soi-même est saine, vous vous doutez bien que celle aux autres sera de fait plus apaisée. Vous n’attendrez pas de l’autre quelque chose qu’il n’est pas forcément en mesure de vous donner (et dont ça n’est pas le rôle).
Ainsi, vous entrez en relation par choix, et non par nécessité. Vous percevez la nuance ?
Vous finissez par être heureux de faire des rencontres (amicales, sentimentales ou professionnelles), non par intérêt (même s’il est souvent inconscient), mais par réelle envie de partager une partie de votre vie. Pour ce qu’elles peuvent vous apporter, en plus de ce que vous avez déjà, mais pas pour combler un vide.
Quand j’étais célibataire, je souhaitais rencontrer quelqu’un qui me permette de vivre une relation épanouissante. Et pour moi, le dicton « mieux vaut être seul que mal accompagné » était une fondation à laquelle je ne souhaitais pas déroger. Je voulais prendre mes responsabilités : ma vie, mon bonheur, ma construction.
En fait, n’ayez pas peur de dire que vous voulez qu’on vous mérite. Pas l’inverse. Vous êtes formidable, et les personnes qui partageront un moment de votre vie auront de la chance. N’épuisez pas votre énergie vitale à essayer d’attirer l’attention. Offrez-là à ceux qui savent la recevoir.
Être heureux seul, pour mieux se respecter
Un autre avantage ? Éviter de s’oublier. Oui parce que quand on attend quelque chose de l’autre, on est aussi prêt à faire taire ses propres envies ou opinions, par peur d’entrer en contradiction et de perdre l’autre.
On dit « oui » à un service que l’on n’a pas vraiment envie ou l’énergie de rendre, parce qu’on se demande ce que l’on va penser de nous, sinon.
On cède devant un compagnon qui refuse que l’on sorte boire un verre, car on a peur qu’il se fasse des films et nous menace de nous quitter.
Et on ose dire ce que l’on ressent, sans avoir peur du jugement de l’autre.
Vous n’avez rien à prouver. Juste à vivre, à apprécier, et à pratiquer. Oui, parce que ça s’entraîne. Comme n’importe quelle compétence. Surtout quand on traîne des casseroles qui aiment bien sonner fort de temps en temps.
Bien sûr que parfois je doute. Mes peurs me rattrapent. Mais je sais aussi qu’elles me coupent mon élan, et ça c’est non. Alors je les accepte, je les regarde, les prends par la main, et on avance. Le jour où vous réalisez que la seule personne à convaincre, c’est vous-même, le reste devient beaucoup plus fluide ! Et croyez-moi, ça vaut teeeellement le coup !
Conclusion
Et si vous décidiez à partir d’aujourd’hui de rendre grâce à toutes ces choses qui vous rendent heureux, heureuse, sans qu’elles n’aient à voir avec les autres ? Juste pour voir. Sur un malentendu… 😉
Dans le roman, Alys traverse plusieurs étapes avant de le comprendre. L’espoir, la peur, la joie, la déception… Elle choisit néanmoins de rassembler tout ce qui se trouve en elle, et de se concentrer sur ce qu’elle a, plutôt que ce qu’elle a perdu, et ça change tout ! Pendant ce temps, Joran a du mal à se détacher de cet idéal amoureux qui l’a suivi une bonne partie de sa vie. Je ne vais pas tout vous dévoiler, il faudra lire le livre pour ça ! Mais leurs trajectoires sont, de fait, différentes. Tout ça parce que leur définition du bonheur ne se dessine pas de la même manière pour l’un et pour l’autre. Et c’est Ok. Chacun sa vision, ses choix. Lequel sera le vôtre ?
Je précise également que tout ce cheminement est loin d’être aisé. Il est d’autant plus difficile que vous avez peut-être une histoire compliquée. N’hésitez pas à vous faire accompagner par un ou une professionnelle. Car pour être heureux seul, vous aurez peut-être besoin d’une aide extérieure pour vous détacher de schémas récurrents qui vous empêchent de faire ce pas de côté.
Et n’oubliez pas : vous êtes assez !