Refuser d’aimer par peur de souffrir : et si ce n’était pas une fatalité ?

un vieux monsieur et une jeune fille qui discutent

J’ai été de celles et ceux qui ont eu peur de l’amour. Oui, carrément. Pourtant, je n’ai rien vécu qui puisse le justifier. Pas de traumatisme amoureux, pas de blessure affective. Et ça me rendait folle ! Je comprenais encore moins pourquoi je me fermais autant à l’idée d’être amoureuse, et de me laisser aimer.

Mais finalement, peu importe la cause ; il aurait fallu creuser avec un psy, et je ne l’ai pas fait. L’important, c’est ce que j’ai fait de tout ça.

C’est ce que j’ai déposé et exploré à travers le personnage d’Alys, dans mon premier roman « Les Oiseaux naissent pour s’envoler ». La résilience amoureuse… Tout un programme, et je vous en dis plus tout de suite !

Comprendre la peur d’aimer

La peur, un phénomène naturel

Quand j’ai posé des mots là-dessus, j’ai été très dure avec moi, avec le recul. Je me suis même traitée d’handicapée des sentiments. Violent, non ?

Et comme j’aime bien comprendre le fonctionnement humain, parce que ça me semble indispensable pour mieux vivre avec soi, et avec les autres, j’ai commencé par mon fonctionnement à moi.

Ça veut dire quoi, avoir peur d’aimer ? Et par la même occasion, d’être aimé, de laisser quelqu’un vous aimer ? Pourtant, tout le monde mérite d’être aimé. Alors s’il y a quelque chose qui coince, c’est qu’il y a un mécanisme de protection qui s’est mis en place.

Le cerveau humain est très fort pour ça. Sûrement pas pour rien qu’il a une forme de labyrinthe bizarre et compliqué… Mais il ne faut pas lui en vouloir. C’est comme si vous en vouliez à un coffre fort de refuser de s’ouvrir juste parce que vous lui tapez dessus… Il a été fait pour protéger, il le fait !!

illustration de cerveau humoristique avec une cape de superhéros

Il est mignon, ce petit cerveau super-héros ; il a même un petit air de nuage tout doux, et ça me plaît bien !

Refuser d’aimer ou refuser de se faire mener par le bout du nez ?

Alors voilà, la peur, ce n’est ni plus ni moins qu’une alarme qui vous signale que quelque chose n’est pas comme d’habitude. Comprenez par là, le d’habitude que vous connaissez, vous. En fonction de votre passif, ça ne sera pas le même que le mien.

Et maintenant, on en fait quoi ? Et bien déjà, on l’observe. Chaque réaction, de notre corps ou notre cerveau, est une manifestation, un signal, un message. L’observer, reconnaître cette peur, c’est déjà faire preuve de bienveillance envers vous-même. « Merci de me prévenir ». Et c’est le moment où vous pouvez ajouter « Tu ne vas pas pour autant décider pour moi de ce que je vais faire de ça ».

Bah oui, rappelez-vous. On parle d’un signal. Une émotion. Et devinez quoi ? Vos émotions ne vous définissent pas. Répétez : « Mes émotions ne me définissent pas« .

Cette peur que j’ai toujours ressentie, j’ai des idées d’où elle peut venir, dans mon cas, mais finalement, ce n’est pas l’essentiel comme je l’ai dit au tout début. Le problème, c’est les conséquences que ça avait sur ma vie.

Les conséquences de se fermer à l’amour

La fuite relationnelle, pour éviter les déceptions

En fait, je pense qu’à cause de tous ces modèles de grand amour qu’on nous vend dans les films, sur les réseaux sociaux ou autres discussions de cour de récré, j’avais sans doute une image idéalisée de la relation parfaite. Et je l’attendais, du coup. Les papillons dans le ventre, le coeur qui fait « boum boum ». Et autres symptômes plus ou moins étranges. Du coup, j’avais toujours des doutes, parce que moi, je n’avais pas ça.

Et du coup je ne voulais pas décevoir l’autre si, finalement, je me rendais compte que je n’étais pas amoureuse (spoiler : c’est arrivé quand même, coucou l’auto-sabotage !).

Au final, j’avais tout faux : non seulement je me fermais à la possibilité de vivre quelque chose de beau, même sans les papillons, et en plus, ça ne m’évitait pas de faire souffrir, malgré moi, si je voulais arrêter.

Et au fond, j’associais le fait d’aimer quelqu’un au fait d’abandonner une partie de moi à cette personne. Et qu’elle parte avec s’il arrivait malheur. Sauf qu’il existe une nuance, que j’ai comprise avec le temps. Je donne de l’amour, et ça, ça ne m’enlève rien, ça me nourrit. Si l’autre disparaît, bien sûr qu’il y aura des souffrances à surmonter, mais je serai toujours moi. Différente, parce que c’est le but de la vie, d’évoluer, et de s’adapter à son environnement. Mais moi.

Et dans l’autre sens ? La blessure affective de la peur du rejet

La vérité, c’est que je n’avais pas assez d’estime pour moi pour accepter l’idée même que l’on s’intéresse à moi, pour moi, dans toute ma vérité. Avec mes qualités, mes défauts, mes doutes, mes angoisses. Tout ce qu’un être humain normal peut être quoi.

Alys, elle, traverse ces doutes à cause de la mort de sa mère. Chacun son truc, hein ! (c’est ça qui est cool avec l’écriture et la fiction, on construit l’histoire de ses personnages. Parce que je le précise : ça n’est pas mon histoire, même si je lui ai prêté des sentiments qui m’ont habitée, et je suis sûre que des tas d’autres gens peuvent la comprendre aussi, pour d’autres raisons encore).

Revenons à Alys. Elle a ressenti cette perte comme un coup tordu de la vie, alors que tout se passait bien pour elle, que rien ne lui faisait peur, et bam ! Voilà. La mort, le deuil, la crainte que ça se reproduise et de perdre celui qu’elle oserait aimer.

Résultat ? Le mot P.E.U.R. l’accompagne partout, et l’empêche de vivre les moments de bonheur qui sont juste sous son nez.

Et peu importe la raison pour laquelle vous ressentez cette peur de l’engagement, ou de l’attachement. Si c’est quelque chose qui vous pose problème, que vous ressentez comme un poids, il est temps de le soulever des deux bras pour le dégager du chemin, vous ne croyez pas ? (je dis « si », parce que si vous êtes heureux.se seul.e, c’est parfait, tant mieux pour vous, vraiment ! Mais ce n’est pas le cas de tout le monde).

C’est en tout cas ce que j’ai voulu imaginer pour Alys, mais aussi Joran, l’autre personnage principal, qui a lui perdu la femme qu’il aimait, et craint de jamais revivre un amour aussi fort. Alors il s’est isolé. Pas de relations, pas de souffrance. Facile, hein? Ouais, mais pas de partage non plus. Pas de rires, de frissons, de beau. Un peu triste, non ?

En tout cas, si vous ressentez, au plus profond de vous, que vous méritez mieux que rester dans votre coin, vous êtes au bon endroit !

Et si… Vous appreniez à vous ouvrir de nouveau, pour vivre ?

Accepter d’envisager les choses autrement

Ce fameux « et si », je l’ai choisi exprès. Un jour, une facilitatrice de chemins conscient a dit une phrase, pendant un accompagnement, qui m’a marquée : « Et si c’était simple ?« 

Cette phrase est aussi simple, justement, qu’elle bouscule. Parce qu’instinctivement, on a souvent envie de dire « Mais non enfin ! Depuis quand c’est simple la vie ? Surtout quand on a vécu ça, ci, et ça ! »

C’est vrai. Mais… Et si ?
Si vous preniez le temps, juste quelques secondes, de fermer les yeux, et d’imaginer un monde où tout ce qui vous semble difficile aujourd’hui, devenait simple ? Qu’est-ce qui serait différent ? Essayez, vous pourriez être surpris.e.

Personnellement, quand je me sens un peu dépassée, que j’ai l’impression de ne plus savoir ce que je veux, quoi faire, comment, je me souviens de cette phrase. Et après une profonde respiration, j’ai un sourire qui se dessine sur mon visage.

Parce qu’à ce moment, j’ai l’impression que tout est possible. Pourtant, rien n’a changé, autour de moi. C’est ma perception, qui a évolué, parce que je l’ai décidé. Et d’un coup, le brouillard se fait moins dense, je me sens moins oppressée, et j’ai envie de m’atteler à trouver mes solutions.

Tout ça pour dire quoi ? Que si vous décidiez, juste pour vous, que les choses pourraient bien être plus simples que vous l’imaginiez, ça pourrait changer bien des choses. C’est donc la première étape de l’acceptation de regarder ce que vous connaissez sous un angle différent. Rien que ça, tout le monde ne le fait pas ! (promis, ça ne fait pas mal…)

C’est dur, mais c’est possible : le secret qui n’en est pas un…

La vraie difficulté, mais qui est tout à fait surmontable, c’est de choisir de le faire. Je veux dire, vraiment. Consciemment. En sachant que les vilaines angoisses vont toujours se dresser devant vous. Que votre cerveau, qui a pour mission de vous protéger de la souffrance, reviendra toujours pour dire « Attention ! Tu es sûr.e que tu veux aller par là ?? ».
Le challenge ? Lui dire « OUI ». Un grand oui, responsable. Qui dit « J’ai peur, mais j’y vais ». Parce que je me choisis, moi. La personne la plus importante dans ma vie. Pas mes émotions.

Et donc, et si… ça marchait ?

Oui mais… Et si ça ne marchait pas ? Le débat infini. On fait quoi avec ça ? Là encore… On choisit. Il ne s’agit pas d’ignorer le risque que ça ne marche pas.

Comme Alys en discute avec le vieux Berto, au début du roman, la clé ce n’est pas d’être sûr que ça marche. Que cette nouvelle histoire soit la bonne. Que ce boulot soit plus intéressant. C’est d’être sûr.e de vouloir essayer. Quoi qu’il advienne. Le reste, les détails, vous ne les découvrirez qu’en chemin. Désolée, Et c’est ça souvent, qui freine. L’inconnu.

Encore une fois, je ne me permettrai pas de faire de promesses du genre « tout va bien se passer ». Je n’en sais rien. Mais j’ai appris, par ma propre expérience, qu’en effet quand on essaye, on prend un risque. Mais est-ce qu’il vaut mieux risquer d’être heureux ? D’apprendre d’une nouvelle expérience, quelle qu’en soit l’issue ? Ou risquer de rester dans un confort relatif, du genre qui, à la fin d’une vie, risque surtout de vous faire dire « Aah… Je regrette de ne pas avoir essayé, maintenant je ne saurai jamais… ».

Comme le dit Berto : « Une histoire mal écrite vaut mieux que pas d’histoire du tout«  (citation « Les Oiseaux naissent pour s’envoler »).

Et c’est un peu mon avis aussi… Quand j’ai peur, et que je me pose mille questions, je pense à ça. Et je réfléchis (parfois, ça sert). Je détricote cette émotion pour la rendre moins effrayante (« au pire, est-ce que je risque ma vie?? » en général, c’est non). Et je me lance, avec le frisson de l’excitation, le vertige de l’inconnu, mais aussi la satisfaction de prendre mes responsabilités et ma vie en main.

Une façon de reprogrammer mes schémas. Il a d’ailleurs été prouvé scientifiquement que l’on peut tout à fait modifier une réaction de peur instinctive en apprivoisant différemment son origine (Sara Mederos, University College de Londres).

C’est donc subtil, et à l’objection « Oui mais j’ai du mal à avoir confiance… », je dis : « Tu n’auras confiance que si tu oses ». La confiance, ça se construit. Ça s’apprend. Es-tu prêt.e à expérimenter ? À toi de le dire.

Transformer la peur en force

En somme, il est temps de déconstruire vos croyances. Car oui, beaucoup de choses qui font barrage au bonheur sont liées à des croyances. Ces trucs qu’on s’est mis dans la tête (ou qu’on nous a mis, peu importe).

Une des miennes, héritée de mes jeunes années : si je ne suis pas excellente à l’école, je ne vaux rien. Forcément, mes bonnes notes me valaient l’admiration et les félicitations. Et ça, on adore ! Et comme je n’étais pas populaire, j’avais l’impression que je n’avais que ça pour moi. Et quand j’ai moins eu ça, parce qu’au lycée, il fallait un peu plus travailler pour l’avoir (flemme), ben… j’ai eu l’impression de n’être intéressante pour personne.

Aujourd’hui, je sais que c’est faux. Parce que j’ai rencontré des personnes formidables qui, sans le dire, m’ont permis de le comprendre. Et parce que j’ai compris aussi que la seule personne dont j’avais besoin qu’elle m’admire, qu’elle ait confiance en moi, qu’elle m’autorise à être qui je veux, c’est moi. C’est ça qui attire les bonnes personnes à moi. Le reste, je n’en ai pas besoin.

Attention, je ne dis pas que c’est facile hein !! Bien sûr que parfois je doute encore. Chassez le naturel… La différence, c’est que je n’ai pas les mêmes outils qu’avant. J’ai appris. J’ai expérimenté. J’ai accepté que ça prenne du temps. Et je sais mieux comment décrypter mes propres comportements, avec indulgence.

Et ma valeur ? C’est moi qui la décide. Ne donnez à personne d’autre ce pouvoir.

Et si vous voulez tout savoir, un après avoir terminé d’écrire ce roman, j’ai rencontré mon compagnon actuel (que j’embrasse fort d’amour). Et vous savez quoi ? Ce n’est pas qu’il était différent des autres. C’est moi qui avait changé. Je n’ai pas essayé de lui (ou de me) faire croire que j’étais sans peur et sans reproche, j’ai même fait tout l’inverse. Et c’est ça qui lui a plu. Ma vulnérabilité assumée. Ma vérité. Qu’est-ce que je risquais à lui en parler ? Au pire, il rebroussait chemin, j’aurais été déçue mais la vie continue.

Le plus important, c’était ma sincérité. Elle était finalement moins lourde à porter que mon masque…

Conclusion

Je commencerais par résumer cet article par le fait qu’avoir peur de souffrir, c’est humain. Donc bonne nouvelle, c’est normal ! Pour autant, si elle vous empêche de réaliser vos rêves, de prendre des décisions, de rencontrer de nouvelles personnes… Bref, de vivre, là, c’est un autre signal.

L’autre bonne nouvelle, c’est que les blessures du passé sont là, certes, mais c’est comme les émotions. Elles ne vous définissent pas. Alors regardez-les, acceptez-les puisqu’elles sont là, mais remerciez-les parce qu’il est temps de passer à autre chose. Elles ne disparaîtront pas, elles deviendront juste des compagnes de route, plus neutres.

N’oubliez pas que chaque jour qui passe est à vous. Le voir comme un cadeau ou un fardeau, c’est à vous d’en décider. Personne ne le fera à votre place.

J’attire votre attention sur le fait que si vous vous sentez vraiment bloqué, dépassé, là encore, acceptez-le, et demandez de l’aide. Vous n’êtes pas seul, et un regard extérieur, professionnel, peut vous faire faire des pas de géant. On arrête les chichis avec les idées reçues sur les psy, en mode « c’est pour les fous » (c’est faux en plus), ou « j’en ai pas besoin » (encore faux, je pense que 90% des gens en auraient besoin, en vrai, pour diverses raisons…). Votre vie, vos choix, le regard des autres, on s’en fout, c’est pas eux qui sont dans votre peau, non ?

Je vous souhaite dans tous les cas de continuer à avancer sur votre propre chemin. Ouvrez grand les yeux, marchez à votre rythme ; le parcours compte autant que la destination. Et si vous voulez découvrir celui de Joran et Alys, ils n’attendent que vous.

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